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L’église catholique & ses chapelles

Située au centre du village, à proximité du centre historique de Troinex, l’église catholique se distingue par sa toiture et son clocher aux angles marqués. Avec sa salle adjacente et son grand terrain, «le pré du curé» utilisé comme place de jeu par des générations d’enfants, elle a une place particulière dans la commune. Pendant de nombreuses années, jusqu’à la construction de la salle des fêtes actuelle, les principales manifestations communales comme le 1er Août se déroulaient dans ce pré qui était le lieu de rassemblement principal des Troinésiens. Mais remontons tout d’abord dans le temps pour connaître les débuts du catholicisme dans la région. 

L’implantation de communautés chrétiennes à Troinex est très ancienne. Catherine Santschi, ancienne archiviste cantonale, nous apprend dans l’ouvrage Histoire de Troinex qu’un jugement datant de 1201 eut comme témoins notamment 3 curés: Guillaume, curé de Bossey, Pierre, curé de Veyrier et Amaldrius (ou Amauri), curé de Troinex. à cette période (Moyen Âge), l’église de Troinex était placée sous le vocable de Saint-Saturnin, un évêque du sud de la France. On suppose donc que la christianisation de la région genevoise s’est faite en remontant l’axe rhodanien.

L’existence d’une communauté catholique à Troinex est également attestée par des rapports de visites effectuées par les évêques de Genève ou leurs auxiliaires. En 1412, l’évêque Jean de Bertrand qualifie les paroissiens de Troinex de «bons», mais il constate que certains objets de culte font défaut: ainsi, il manque un linge pour couvrir l’hostie, un psautier ou encore un crucifix. Ces visites épiscopales donnent une grande importance à l’état des chapelles et des objets de culte, que les paroisses n’ont souvent pas les moyens d’entretenir correctement. Lorsque les manquements constatés sont conséquents, l’évêque peut menacer les paroissiens d’amendes ou d’excommunication!

Peu de documents mentionnent la présence d’une église (le bâtiment) à Troinex au Moyen Âge. Les plus anciens lieux de culte de la région devaient se trouver à Bossey et à Evordes, ce dernier étant à l’époque un bourg plus important que le hameau que nous connaissons aujourd’hui. La plus ancienne mention d’un bâtiment religieux à Troinex date de 1279: il s’agissait de l’église de Saint-Saturnin située à proximité du cimetière actuel. Beaucoup plus tard, vers 1518, une annexe fut construite, la «chapelle du Saint-Esprit», et le tout formait un ensemble avec deux maisons, une grange, un verger et une vigne. On ne connaît rien de l’année de construction de l’église Saint-Saturnin, ni de son architecture, ni de sa destruction, mais on sait qu’elle avait disparu en 1557. 

Une des bâtisses faisant partie de l’ensemble paroissial et qui servait de cure existe toujours (photo ci-contre). Propriété de la famille Pictet depuis le début du 19e siècle, elle a fait l’objet de travaux de rénovation qui ont permis de retrouver des fragments architecturaux provenant probablement de l’ancienne église, tels qu’un reste de chapiteau (photo ci-contre). 

Le vent de la Réforme

En 1518, un rapport de visite de l’évêque relève qu’on dénombrait à Troinex 36 «feux», soit 36 foyers catholiques. La quasi-totalité des habitants de la commune étaient de confession catholique. Mais en 1536, avec l’arrivée de la Réforme à Genève, le culte catholique est aboli et c’est probablement suite à cet événement que l’église située près du cimetière disparait. Ce mouvement a pour conséquence que pendant 300 ans, de 1536 à 1866, le culte catholique n’est plus célébré à Troinex.

Nous disposons de peu d’informations sur les dates et circonstances dans lesquelles les fidèles catholiques vivent leur foi dans la région durant cette période. On sait qu’à Veyrier, une église existait et des messes y étaient célébrées dans les années 1600.   Bossey, paroisse dont le village de Troinex faisait partie et qui eut comme pasteur
M. Lambercier, précepteur de Jean-Jacques Rousseau, ce n’est qu’en 1779 que le culte catholique est rétabli et que les fidèles de la région peuvent donc à nouveau se réunir.   

Une chapelle à la Grand-Cour

Au début du 19e siècle, les catholiques de Troinex se rendent donc à la messe soit à Bossey, soit à Carouge, paroisse à laquelle ils sont rattachés en 1836. Vers 1866, un lieu de culte, fort modeste semble-t-il, est installé dans un bâtiment de la Grand-Cour, ce qui permet aux fidèles de se réunir à nouveau à Troinex. Le prêtre qui dessert la chapelle est l’abbé Chevrot ; il habite un appartement situé dans le même bâtiment, relié à la chapelle par un escalier. Dans un article de 1931, le journal Le Courrier décrit ce lieu de rassemblement ainsi: «Cette chapelle était une grange, petite, humide, sombre». 

Le propriétaire de l’immeuble est un monsieur Mehling qui, lorsqu’il vendit le bâtiment, stipula dans l’acte de vente que la chapelle ne devrait jamais servir à un autre culte que le culte catholique romain.

à cette période, la messe est célébrée tous les mois à Troinex, puis tous les 15 jours à partir de 1884. Les autres semaines, le fidèles troinésiens doivent se rendre à Carouge. Au début du 20e siècle, le curé de Carouge, l’abbé Vuachet, donne un nouvel élan à la communauté en instaurant différentes célébrations à Troinex: messes de minuit, retraites pascales, mariages, sépultures. Le nombre de paroissiens augmente petit à petit de sorte que la modeste chapelle de la Grand-Cour devient trop petite. Dans le même article cité plus haut, Le Courrier écrit: «à Noël, il fallut construire sur le chemin une annexe consistant en plusieurs bâches quêtées ça et là au village. Et l’annexe fut comble!».

La chapelle en bois du chemin de la Poste

En 1930, l’abbé Carlier s’installe à Troinex et la communauté continue à se développer. La chapelle de la Grand-Cour devient vraiment trop exiguë, de sorte que l’idée de constuire un nouveau lieu de culte germe petit à petit. Une kermesse, appelée la Fête du Moulin car elle se déroule dans un pré au bord de la Drize à la Grand-Cour, près du moulin, est organisée en mai 1931 et permet de récolter la belle somme de 6’500 francs. Ces fonds, ainsi que d’autres dons, permettent de débuter en juillet 1931 déjà la construction d’une nouvelle chapelle entièrement en bois, selon des plans dessinés par l’architecte Marcel de Mirbach. Les travaux, sur un terrain offert par Mme Bretton situé au «chemin de la Poste» (le chemin de Saussac actuel), avancent très rapidement de sorte que le 15 août, la toiture du bâtiment est posée et que le 4 octobre, la communauté peut inaugurer son nouveau lieu de culte. 

Dans l’article du 6 octobre 1931 déjà cité, le Courrier rapporte ainsi cette inauguration: «Le charmant village de Troinex qui s’étend jusqu’au pied du Salève possède enfin sa chapelle. Elle fut inaugurée dimanche dernier par l’abbé Louis Vuachet, curé de Carouge, qui procéda à la bénédiction… La foule se pressait dans la petite chapelle et débordait dehors sur les rocailles… La nuit était déjà tombée que les groupes du village devisaient encore sur la place, à la lueur des étoiles». 

à l’intérieur, la poutraison est apparente et l’artiste troinésien Marcel Feuillat s’est occupé de la décoration et a notamment réalisé, sur le mur du fond, un vitrail représentant Marie-Madeleine au pied de la croix. La plupart des objets de culte (la croix, les chandeliers, les bénitiers) sont également l’œuvre de M. Feuillat

La chapelle est agrandie

En 1933 déjà, des travaux sont entrepris pour rehausser la chapelle afin d’y construire une tribune ainsi qu’un clocheton, dans lequel la cloche «Aloysia» offerte par l’abbé Vuachet est suspendue. Puis l’année suivante, compte tenu du développement des activités paroissiales, il est décidé de construire une salle à l’arrière de la chapelle. Ce projet, que certains n’approuvent pas, le considérant comme une «folie des grandeurs», est cependant vite apprécié puisque la nouvelle salle permet d’accueillir de nombreuses réunions et même des pièces de théâtre jouées par une troupe formée de jeunes paroissiens, «Les Tréteaux du Moulin». Cette salle sera également utile pour loger des soldats de l’armée suisse lors de la guerre 39-45, alors que d’autres militaires seront logés dans la salle communale.

L’intérieur de la chapelle et de l’église décorés par les talents de deux paroissiens artistes

Marcel Feuillat, orfèvre né à Troinex en 1896, était un membre très actif de la paroisse et il s’engagea fortement dans la construction de la chapelle en bois et dans sa décoration intérieure en particulier. Il réalisa ensuite un beau calice et le tabernacle (photo ci-dessous) de la nouvelle église, mais il ne put terminer la décoration du chœur en raison de son décès en 1962. M. Feuillat dirigea l’école des Beaux-Arts de Genève. 


Jean-Joachim Cornaglia, né en 1904, habitait Pinchat et a suivi une formation de sculpteur sur bois. Il s’est ensuite spécialisé dans l’art religieux et, également membre de la paroisse de Troinex, il réalisa le Chemin de Croix (photo ci-dessous) constitué de 15 stations, qui embellit une des façades intérieures de l’église et qui est considéré comme une de ses œuvres majeures. Il est décédé en 1989. 

Le projet d’église «définitive»

La chapelle en bois est souvent décrite comme «provisoire» dans les documents de la paroisse catholique, probablement parce qu’elle répondait à un besoin urgent et qu’elle avait été construite dans une structure assez légère, en bois. Les paroissiens y sont cependant très attachés et ce n’est pas sans certaines réticences que l’idée d’une église définitive, en pierre, germe au début des années 1950. Ce nouveau lieu de culte devient vraiment nécessaire, car la population de Troinex et de la région a plus que doublé et le nombre de paroissiens augmente également considérablement.  

En 1954, un comité chargé d’étudier ce projet est constitué ; présidé par M. Arthur Lavergnat et soutenu par l’abbé Edmond Ethevenon, curé de Troinex durant 46 ans (de 1934 à 1980), ce groupe de travail proclame «qu’il faut faire preuve d’audace» et il ouvre sans tarder une souscription. Puis en 1955, un jury composé d’architectes, d’artistes et de représentants de la paroisse conseille au comité de retenir le projet de l’architecte Alfred Damay, auteur notamment des tours et des fontaines de Carouge. Le projet est prévu sur le terrain légué par Mlle Chanal, idéalement situé au centre du village. Les études prennent cependant un certain temps et la question de l’emplacement du futur bâtiment, sur la grande parcelle à disposition, fait l’objet de longues réflexions. La commission des bâtiments ecclésiastiques encourage par ailleurs la paroisse à prévoir la construction d’un ensemble paroissial (avec une cure et une salle), même si le projet à l’étude ne concerne que l’église. C’est finalement l’implantation suggérée par M. Albert Cingria, architecte et administrateur de l’école d’architecture, au haut du terrain, qui sera retenue. L’autorisation de construire est délivrée par le Département des travaux publics au début 1958. 

La construction de la nouvelle église

Le jour du Jeudi saint 1958 voit arriver la pelle mécanique sur le terrain de la paroisse : les travaux peuvent enfin commencer sous la direction de l’architecte Damay et vont avancer très rapidement compte tenu de l’importance du bâtiment. La pose de la première pierre a lieu le 15 mai (jour de l’Ascension), la bénédiction des cloches le 16 novembre et l’inauguration le 4 octobre 1959, soit exactement 28 ans après celle de la chapelle en bois. Dans une plaquette consacrée aux 40 ans de l’église célébrés en 1999, on peut lire au sujet de la fête d’inauguration : «Ce 4 octobre, fête de Rosaire, par un très beau dimanche d’automne, notre communauté paroissiale a eu l’immense joie d’inaugurer sa nouvelle église. Jour d’allégresse attendu par ces générations de fidèles qui, dès 1865, dans la chapelle de la Grand-Cour tout d’abord, ont patiemment préparé notre paroisse d’aujourd’hui».

L’église sera consacrée une année plus tard, les 19 et 20 novembre 1960, par Mgr Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Le Courrier du 21 novembre relate que plusieurs personnalités prirent la parole, notamment M. Charles Pictet, Maire de Troinex, qui «remercie d’avoir associé la Commune à la consécration de cette église aux lignes belles et simples, qui témoignent de la foi agissante… Il souhaite que l’accord des cloches du temple (ndlr : inauguré en 1958) et de l’église se manifeste dans le cœur des hommes». 

Les trois cloches

Coiffée d’une toiture à deux pans à forte déclinaison et aux formes angulaires très caractéristiques, la nouvelle église est bien sûr dotée d’un clocher qui accueille trois cloches : Aloysa (la cloche de l’ancienne chapelle), Jeanne et Marie, commandées à la fonderie Paccard à Annecy. Leur particularité : leurs trois sons (si ; ré ; mi) correspondent aux trois premières notes du Te Deum, hymne de la liturgie catholique. 

L’intérieur de l’église

La nef de l’église est éclairée par deux sources de lumière : l’une provenant de la paroi vitrée de l’entrée, l’autre d’un puits de lumière situé au-dessus de l’autel. Ce principe de jour zénithal avait été proposé par l’architecte Cingria et il permet d’apporter la lumière du soleil directement dans le chœur de l’église. Les parois latérales sont ornées d’un Chemin de Croix en terre cuite du sculpteur Cornaglia et l’autel est constitué d’un bloc de granit du Tessin, à côté duquel se trouve un tabernacle réalisé par l’artiste-joaillier troinésien Marcel Feuillat (voir encadré). 

1960 : la cure et la salle complètent le nouvel ensemble paroissial

Depuis 1942, la cure catholique se trouvait dans la villa située sur le terrain légué par Mlle Chanal, au haut du chemin Emile Dusonchet, mais comme mentionné plus haut, le projet de nouvelle église prévoit aussi la construction d’une nouvelle cure et d’une salle de paroisse. Pour des raisons financières, ces dernières sont réalisées dans une seconde étape, après la vente de l’ancienne chapelle en bois et grâce également à la générosité de donateurs. 

Cette deuxième étape sera réalisée deux ans plus tard par la construction d’un bâtiment qui borde le chemin Dusonchet, bâtiment relié à l’église par un long portique couvert. La cure se trouve au même niveau que l’église alors que la salle, dont la façade est entièrement vitrée, se situe en contrebas, au niveau de l’espace de verdure, ce qui la rend très pratique et explique les nombreuses fêtes et manifestations qui y sont organisées. 

L’église aujourd’hui 

L’ensemble paroissial a peu changé ces dernières années et ses beaux espaces permettent d’accueillir, à la satisfaction de tous, tant des activités cultuelles que des fêtes paroissiales ou privées. 

Ce secteur devrait évoluer ces prochaines années avec notamment le projet de rénovation et d’agrandissement de l’école actuelle. Mais une chose est sûre : l’église, dont la valeur patrimoniale est reconnue, restera au centre du village et accueillera encore longtemps ses fidèles paroissiens. Et les trois cloches continueront à résonner et à répandre leurs trois notes dans la Grand-Cour, et au-delà. 


Sources : 

•  «Histoire de Troinex»
Plaquette «Ste-Marie-Madeleine Troinex, 1959-1999»
•  Brochure «La nouvelle église Ste-Marie-Madeleine et son groupe paroissial, 1964»

Les dates importantes

XIIIe siècle

Présence de l’église Saint-Saturnin dans le secteur du cimetière actuel, probablement jusqu’au milieu du XVIe siècle.

1866

Aménagement d’une chapelle dans la grange d’un bâtiment de la Grand-Cour.

6 oct. 1931

Inauguration de la chapelle en bois au chemin de la Poste (chemin de Saussac actuel).

1933

Rehaussement de la chapelle, puis construction en 1934 d’une salle paroissiale. 

3 avril 1958

Début des travaux de construction de la nouvelle église.

6 oct. 1959

Inauguration de l’église Sainte Marie-Madeleine.

1960


Construction de la nouvelle cure et de la salle paroissiale.

Visitez le site internet de la Mémoire de Troinex

Depuis quelques semaines, notre site internet www.memoiredetroinex.ch est en ligne. Vous y trouverez des informations sur nos activités, des articles historiques, notamment ceux parus depuis une année dans le journal Troimag, et d’anciennes photos et vidéos telles que la fête des 30 ans de l’école de Troinex en 1997, le spectacle «Voyage en Ballon» des enfants de l’école de 1996, ou encore d’anciennes photos de la famille Pictet. 

Vous pouvez participer à l’enrichissement de notre site en nous envoyant vos anciennes photos, vidéos ou anciens documents à : memoiredetroinex@gmail.com. Merci d’avance!


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