André Bossard est le président de Théâtroinex, troupe amateure de la Commune. Grand amoureux des planches et de sport, cet homme fringuant, positif et bien dans ses pompes est aussi physiothérapeute trois jours par semaine. Rencontre.
André Bossard, 23ème personnage de notre série de portraits Les gens qui font Troinex.Il nous ouvre sa porte avec un regard des plus attentifs. André Bossard a l’habitude de passer par les yeux pour envisager les patient·es qu’il suit trois jours par semaine en physiothérapie. «La prise en charge globale est très importante et commence au premier regard. Ce canal était singulier durant la crise de COVID-19. De ce point de vue, j’ai trouvé cette période incroyable pour la rencontre avec les autres.» Cette connexion forte avec le corps, la perception et le maintien de celui-ci, sont sa colonne vertébrale. «J’ai toujours eu cela en moi. A l’époque, on parlait des rebouteux. Je me souviens très bien que tout jeune, à l’école de commerce, quand un copain avait mal à la tête, je le soulageais par le toucher. C’était intuitif. Je ne le vois pas comme un métier, mais plutôt comme une activité qui m’anime.»
Lien fort avec le corps
C’est donc dans cette voie que jeune adulte, André Bossard se lance, après avoir obtenu une maturité commerciale. Les débuts sont difficiles car il fallait obtenir une bonne renommée. «Lorsque j’étais au pic de mon activité, suite à une réduction drastique de notre revenu par la révision de la LAMAL, j’ai dû enchainer les consultations, et n’ai plus pu apprécier cette pratique si importante pour moi à sa juste valeur. Aujourd’hui, avec du temps, je retrouve ce plaisir fondamental, c’est pour cela que tant que je le peux, je continuerai.» Marié et deux fois père, André a d’ailleurs transmis cette vocation à l’un de ses deux fils.


Pas d’âge pour jouer
«J’ai toujours aimé aller au théâtre. Lorsque j’ai eu un peu moins la tête dans le guidon, j’ai eu envie de me mettre moi aussi à jouer. Avec mon ami Pierre, j’ai demandé au metteur en scène de l’époque comment intégrer la troupe. Et ça s’est fait comme cela, tout simplement. J’ai commencé à jouer à côté du boulot.» De petits rôles en improvisations, peu à peu «le métier est rentré» , comme il le décrira humblement après nous avoir proposé un café. «J’ai toujours eu des rôles plutôt comiques, et vous savez, ce qui me plaît le plus, c’est d’apprendre. Cela peut paraître un peu bizarre, mais j’adore le bachotage que nécessite l’apprentissage du texte au départ. J’aime cet aspect très technique, répéter et répéter encore jusqu’à ce que cela s’intègre. Et puis ensuite, bien sûr, il faut jouer, faire exister le personnage en quittant le texte pour se l’approprier.»
Une troupe amateure investie
C’est ainsi qu’à chaque saison, dès octobre, Théâtroinex bat au rythme d’une nouvelle pièce à monter, pour une douzaine de comédiennes et comédiens amateurs du coin. Juste avant Pâques, date du spectacle annuel, les répétitions s’intensifient pour mener à bien une création inédite. Et depuis deux ans, les propositions de Théâtroinex se jouent à guichets fermés. «L’an passé pour notre pièce Une Croisière d’enfer, nous avons accueilli 1’050 personnes sur 10 jours. C’est pas mal! Les réseaux sociaux ont bien marché, et avec le nouveau metteur en scène, Jean-Pierre Passerat, on peut dire que nous nous sommes presque professionnalisés. Mais cela prend beaucoup de temps. Le théâtre, même amateur, demande un vrai investissement de soi. Alors nous avons surtout beaucoup de chance que la Commune nous offre la salle des fêtes pour répéter tous les dimanches soirs et les lundis, gratuitement».
Théâtroinex a été fondé en 1996 par un groupe d’enseignants dont Alexandre Odier était le président à l’époque. «Je le remercie particulièrement pour son accueil et sa présence très importante et constructive, encore aujourd’hui.» André Bossard est à ce jour le président de l’association. A côté de cette passion, il continue d’arpenter les théâtres amateurs et autres, et comme il a toujours aimé le faire avec son épouse, il s’offre de temps en temps un séjour parisien pour se délecter des boulevards et de ces moments si chaleureux qu’offrent une brasserie après les représentations.

Le quai de gare de son enfance
Par le théâtre, André Bossard est très investi dans la Commune. Il n’a cependant pas grandi à Troinex mais dans le quartier des Contamines, à Florissant. Son père tenait un commerce d’électricité en gros. Sa mère, elle, s’occupait du foyer. André Bossard restera toutefois assez évasif sur son enfance.
Un regard, une pudeur élégante, par lesquels on comprendra que ce chapitre difficile l’a poussé à se tourner du côté de la vie. Mais l’évocation de son grand-père suisse allemand éclairent autrement son visage. On sent une affection particulière pour ce chef de gare d’un petit village d’Uri, sur la ligne du Gottard. «Je devais avoir 3 ou 4 ans. J’ai attrapé la coqueluche. Il n’y avait pas de vaccin à l’époque et ma soeur venait de naître. Alors, on m’a envoyé chez mes grands-parents pour éviter que je ne la contamine. Je revois Fluelen, je revois la casquette rouge et la palette de mon grand-père sur le quai. Et moi, sur mon tricycle. Babette, qui tenait le kiosque et me tendait des Peppermint. Vous vous rendez compte? On me laissait faire, moi, tout petit pédalant entre les adultes, les arrivées de trains et ces scènes extraordinaires.»
Une affaire de représentations
Lors de la rencontre, André Bossard ne parlera pas d’âge. «Quand j’ai eu trente ans, j’ai eu trente ans pour toute ma vie. Les vieillards, c’était la génération d’avant! Beaucoup de baby-boomers se sentent d’ailleurs comme moi. Notre génération n’a pas vécu comme nos parents ni comme nos grands-parents. Les années 70, ces nouvelles libertés qu’on a croquées, elles ont filé et on n’a rien vu passer! Bien sûr, je vois qu’il m’arrive parfois d’avoir moins envie d’enchaîner trop de choses.» En creusant, on comprend que cet amoureux de la vie n’a surtout pas envie de se faire enfermer dans une case. «L’âge est un chiffre, souvent en inadéquation avec la personne qui le porte. Je crois que dire mon âge pourrait avoir tendance à influencer, à fausser la perception de l’extérieur : alors qu’au fond, c’est juste une affaire de représentations.»


Mouvement constant
Car André Bossard est comme un moteur que l’on n’arrête pas, un sportif qui soigne sa propre mécanique.«Cela fait quarante ans que je cours. Et dès que je peux, je grimpe la Croisette jusqu’au sommet du Salève en vélo. Ce petit rituel, je le fais avec un ami. En général, nous finissons la saison d’été avec le mont Ventoux.» Cette recherche du bien-être passe par le corps, elle est devenue un besoin. En nous précisant cela, il nous fait visiter son jardin. Tout au fond, il attrape une petite branche de pin sec. C’est sa préférée. Il y multiplie les tractions quotidiennes. André Bossard pratique également le golf et se rend chaque année dans la Drôme pour s’y adonner. «C’est un sport étonnamment méditatif, lors duquel on ne pense à rien.» Sur la table, on remarque quelques objets rapportés des nombreux voyages qu’il aime faire avec son petit-fils. New-York dernièrement, le Japon… Sur les murs, quelques tableaux attirent l’attention. Des paysages enneigés, des campagnes lointaines et rassurantes. Sa pratique de la peinture, elle aussi, répond à cette soif de création et d’expression qui le caractérise.
Au gré des pentes et des montées qu’il a partagées ce jour-là, André Bossard soulignera qu’il aime les contrastes dans cette vie pleinement vécue. «Si la vie devait s’arrêter là, je pourrais dire que j’ai fait de bons choix. J’ai eu une vie bien remplie mais bien sûr, comme toute bonne comédie, j’aimerais que ça continue! Je suis très content d’avoir des hauts et des bas, c’est ça le vrai sel… mais jamais de regrets.»
Vous voulez rejoindre la troupe de Théâtroinex?
Si vous souhaitez participer activement à la vie de la troupe du village de Troinex, alors n’hésitez pas à contacter le président, M. André Bossard :
• 079 608 46 28
• acbossard@gmail.com