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Les lieux-dits

Une noble histoire

Avant qu’on puisse y déguster du vin bio ou voir gambader des poulets haut-de-gamme en toute liberté, la Maison Forte faisait partie d’un domaine passé de mains en mains, au gré des aléas du Moyen-Âge. 

A Troinex, la Maison Forte domine les terres agricoles que la famille Lehmann a détenues depuis 1874 pendant 143 ans. Après le décès en 2014 de Marcel Lehmann, 4ème génération du même nom et ancien Adjoint au Maire, ses héritières ont vendu le domaine en 2017 à la famille Bidaux qui exploitait déjà les terres depuis de nombreuses années. 

Les Bidaux exploitent dès lors ce domaine en famille. Viticulture biologique, mais aussi des viandes et volailles de qualité renommée dans des conditions d’élevage respectueuses du bien-être animal : les boeufs Black Angus naissent et grandissent sous les soins de paisibles vaches allaitantes pendant que s’ébattent les Marsillons, ces fameux poulets de race Cou Nu Noir. Si la Troinex moderne, commune agricole fertile, continue de s’agrandir, cette bâtisse seigneuriale a déjà vu des siècles s’écouler et ses pierres ont abrité bien des générations de propriétaires terriens.

Construite aux environs de l’an 1500, la Maison Forte faisait office de réserve seigneuriale du prieuré Saint-Victor. Un domaine dont l’étendue était considérable. L’Eglise éponyme à laquelle elle est rattachée fut quant à elle bâtie dès le Ve siècle, avant de devenir un prieuré de moines bénédictins rattachés à l’ordre de Cluny, qui comptait alors des dizaines de monastères et de milliers de moines. A l’époque, lit-on dans l’Histoire de Troinex, il n’y pas à proprement parler de moines pour desservir le culte paroissial. «Comme les autres bénédictins, les clunisiens doivent en principe rester dans leur couvent et ne voyagent que sur l’autorisation de leur supérieur.»

Réforme et rachats

Au moment de la Réforme, le prieuré Saint-Victor disparait comme d’autres domaines, lesquels deviennent à l’époque propriété de la Seigneurie de Genève ou de Berne. Appartenant aux biens du prieuré, la Maison Forte est rachetée en 1544 par Claude de Châteauneuf, un riche orfèvre  genevois. Celui qui n’est autre que le gendre du réformateur Antoine Froment, fera graver ici ses armoiries. Elles deviendront celles de Troinex. Dans le contexte d’alors, «l’ancienne réserve seigneuriale et les biens ecclésiastiques ont constitué le noyau des principales exploitations agricoles de Troinex qui vont s’étendre par l’achat, parcelle après parcelle, des terres paysannes». L’Histoire de Troinex nous enseigne que l’ancienne église paroissiale, le cimetière et les biens de la cure passent aux mains d’André Meys avant d’être acquis en 1557 par Pierre Vachat, notaire et bourgeois de Genève, qui achète de nombreuses autres parcelles entre 1550 et 1570. 

L’instabilité politique et religieuse de l’époque et les malheurs du temps, dont plusieurs épisodes de disettes, accélèrent le transfert de la propriété, d’une manière générale : «sommés de se convertir, certains habitants choisissent de partir.»  Les citoyens et bourgeois genevois se disputent les nombreuses terres de la région avec les nobles et notables savoyards. La lutte n’est pas seulement politique, militaire ou religieuse, il s’agit également d’une lutte pour l’ascendant foncier. C’est ainsi qu’à Troinex, la Maison Forte passe dans les mains de Claude Pobel, qui fut gouverneur du Pays de Gex pour la Savoie et sans conteste le plus important des propriétaires fonciers de Troinex. Lors de la guerre de 1589, les Pobel seront l’une des rares familles catholiques à conserver un domaine à Troinex.

En définitive, la présence de Genève fut constante à Troinex et s’y maintiendra contre vents et marées aux XVIIe et XVIIIe siècles, lors de la reconquête du catholicisme sous l’influence de François de Sales. En 1754, Troinex devint savoyarde, avant de redevenir genevoise en 1815. Le traité du 30 mai 1817 en fit une commune autonome. Aujourd’hui encore, le bel arrondi de la tour de la Maison Forte témoigne fièrement de cette longue épopée des terres troinésiennes au travers du temps. 


SOURCES

  • «Histoire de Troinex», Association pour l’étude  de l’histoire régionale
  • Bibliothèques de Genève
  • Un grand merci à Samantha Reichenbach,  Mairie de Troinex, pour ses précieuses recherches


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