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Les gens qui font Troinex

Portrait de patricia bideaux et sa fille élène : ouvrir des possibles

Mère et fille agricultrices, inspirantes et complices, Patricia et Elène Bidaux tirent à la même corde familiale. Dans l’espace de vente du domaine de la Maison Forte, nous avons parlé de vocation, de l’importance du collectif, de loyauté et des femmes dans l’agriculture.

Elène Bidaux et sa mère Patricia, 21ème et 22ème personnages  de notre série de portraits Les gens qui font Troinex.

«Tout a commencé avec quatre mains, celles de Michel et les miennes». C’est ainsi que Patricia Bidaux donne le «la» de cette rencontre, tout en remontant vers la ferme, après nous avoir indiqué les impressionnants monticules de copeaux de bois du domaine dont la famille est désormais propriétaire. De fait, au départ, les Bidaux étaient des gens sans-terre. C’est celle des autres qu’ils cultivaient, sur le domaine de Sierne. «Si je regarde en arrière, tout s’est fait de manière assez naturelle et progressive. Avec mon mari, on a racheté des machines, on est devenus indépendants. Puis, un jour, il y a vingt ans, on a entendu parler d’un besoin de chauffage au bois pour la nouvelle école de la commune de Veyrier. On savait qu’on ne pouvait pas laisser passer ça. Alors on a développé le bois.» Et par cette matinée glaciale, on est plutôt contents qu’ils chauffent.

Saisir les opportunités

«Il fallait trouver des idées pour valoriser les cultures que nous avions en fermage. à l’époque, on a lancé plusieurs cannes à pêche simultanément en se disant qu’un poisson finirait bien par mordre. Sauf que tout a pris et il a fallu s’organiser!» s’amuse Patricia. En l’occurence, ce sera du poulet: les fameuses volailles «Marsillon». Savoir saisir les opportunités au bon moment. Prendre des risques. Voilà qui pourrait résumer fidèlement le parcours des deux femmes de cette famille où l’on vit et travaille ensemble au jour le jour. Elène, seule fille de la fratrie de quatre enfants, précise qu’aujourd’hui, leurs activités sont multiples et complémentaires: environ 50% de grandes cultures , auxquelles s’ajoutent 15% de viticulture, 10% de volailles et 25% d’activités para-agricoles, soit le bois de chauffage et le compost pour la commune. Il y a une vraie revalorisation dans les champs, en économie circulaire. L’entreprise familiale est certifiée compostière bio depuis dix ans. 

Soin des gens, soin des champs

«Je suis une Rodriguez, fille de segundos espagnols arrivés à Onex dans les années soixante. J’ai vu pousser plus d’immeubles que de grandes cultures.» Patricia Bidaux a le sens de la formule. «Puis j’ai épousé l’agriculture en épousant l’agriculteur, comme beaucoup de femmes de paysans». Elle était d’abord infirmière. Avec quatre enfants et une exploitation, Patricia Bidaux, travaillait comme indépendante. Elle a notamment exercé à la prison de Champs-Dollon. «Cela me permettait d’aller bosser un jour ou deux par semaine ; le reste du temps il y avait les enfants». «Ceci dit, heureusement qu’ils sont là!», ironisera-t-on simultanément dans un éclat de rires, avec en tête la dynamique de l’exploitation familiale. 

Il y a une logique saisissante dans le parcours de Patricia Bidaux. Le lien entre le soin des humains et le soin de la terre apparaît tout naturel en l’écoutant évoquer les raisons qui l’ont poussée vers ses choix et bifurcations.  «J’ai toujours voulu être soignante, mais je n’exerce plus depuis 2013 car à un moment donné, il a fallu choisir. La vente directe se développait et les enfants grandissaient. En présidant la coopérative de soins infirmiers, j’ai énormément appris sur les dynamiques associatives et la gestion du personnel.» En transposant ses compétences, elle se  focalisera sur la dimension agricole tout en conservant ce goût pour représenter les autres. Elle reprendra la présidence des paysannes et femmes rurales genevoises durant 8 ans, puis depuis 2022 celle de la chambre d’agriculture – AgriGenève. «Je crois surtout être animée par la recherche de solutions. Dans le champs agricole, comme en médecine, on doit poser des diagnostics, récolter des données, avant de pouvoir agir et vouloir résoudre un problème, qu’il s’agisse des aléas humains ou de la nature.»

Le rêve du label

Plus tard, Patricia poursuivra son évolution en acceptant la présidence du label GRTA, suite à un rêve prémonitoire. «Avant d’accepter ce poste, j’avais rêvé pendant trois nuits consécutives qu’un label m’appelait. Si je n’avais pas fait ce drôle de rêve, je n’aurais jamais eu le culot de dire oui à un poste à la tête d’une commission technique». Tout en étant complètement investie pour faire tourner l’exploitation familiale, Patricia aura cumulé trois présidences, sans compter son mandat politique plus récent de députée au Grand Conseil. «Contrairement aux idées reçues, les paysannes ne sont pas des femmes en tablier qui font des pâtisseries à longueur de journée. Ce sont des entrepreneuses qui s’engagent pour le quotidien d’une ferme, et pour la communauté agricole.»
Des plafonds de verre, Patricia en aura fait sauter un certain nombre. Au fil de la conversation, mère et fille s’accorderont sur l’expérience du sexisme ordinaire, encore très présent jusque dans les plus menus détails. «C’est certain, être une femme agricultrice est une posture à défendre. Un cap à tenir. Il est évident que l’on doit davantage prouver nos capacités.» Lorsqu’elle débarque dans ce paysage encore largement dominé par les hommes, Elène explique que tout le monde ne sait pas encore qui elle est, ni même qu’il existe une «fille Bidaux». «Oh, ça ne va pas tarder!» s’esclaffe sa mère.

Tracer sa propre voie

Elène, elle, a toujours trempé dedans. «J’étais dans l’agriculture H24 depuis mon enfance. Mais ce n’était pas mon truc». Le graal à 14 ans, pour ses frères aînés, c’était d’obtenir le permis tracteur G40. Non merci, très peu pour elle. Mais voilà, elle était «prise dedans». La vente, les étiquettes, ramasser les poulets le dimanche soir à 22h, c’était une obligation familiale. «Il fallait le faire, c’est tout». Sa mère rapporte qu’enfant, Elènevoulait devenir «une citadine». 

«Je ne sais pas trop ce que ça représentait exactement pour moi, mais ça voulait surtout dire «non». Elène, plus artistique et scolaire que ses frères, passe par le Collège Claparède avant d’entrer à  l’Ecole Hôtelière de Lausanne. «J’ai ce côté entreprenariat, comme mon père.» Elle y apprend la gestion d’entreprise en trois ans, s’essaie en agence de communication, mais peu convaincue, elle préfèrera venir en renfort pour les ventes d’octobre sur le domaine familial. Son père lui propose alors la gestion administrative de la SA, que la famille vient de créer. Depuis six ans maintenant, Elène s’y épanouit au titre de directrice adjointe. En plus de brevets fédéraux, elle venait d’obtenir un diplôme supplémentaire d’exploitante agricole au moment de cette conversation. Par des chemins de traverse bien à elle, Elène Bidaux a donc fini par obtenir le même statut que ses frères. «J’ai suivi ma voie, qui a fini par me ramener ici. Aujourd’hui, ce qui est fantastique, c’est que je touche à tout et qu’aucun jour ne ressemble au précédent ne serait-ce que par la saisonnalité de l’activité agricole. Travailler en famille offre une liberté immense…»

De la loyauté

En plaisantant sur les zones plus délicates et les aspérités du travail en famille – où l’on lave parfois son linge sale plus frontalement – la conversation avec Patricia et Elène ouvrira une autre réflexion: y-a-t-il un revers à la liberté qu’offre l’entreprise familiale? Se sent-on redevable? Et si cela devait s’arrêter, pourrait-on quitter sereinement ce bien précieux que l’on a fait fructifier collectivement, en partant de presque rien? Dans ces interstices plus implicites de la loyauté, il semble qu’une grande souplesse, une ouverture, aient été transmises au sein de la famille Bidaux. «Je crois qu’on a trouvé un fonctionnement car on ne se marche pas dessus, chacun a ses responsabilités et ses zones d’expertise» décrit Elène. «On est entrés dans ce train, mais on peut aussi en partir. «Je suis engagée à 100% dans l’exploitation que j’ai reprise. Mon souhait est de continuer à m’impliquer pleinement, dans un cadre qui permette à chacun de se projeter sereinement sur le long terme.» Soutenant ce propos, Patricia aura cette phrase récurrente à l’égard de son parcours et des valeurs qu’avec son époux, elle a tenu à offrir à la génération suivante: «On a voulu ouvrir des possibles, pas des obligations.» Pour celle qui, petite, contribuait déjà à coller des bracelets de montre sur la table de la cuisine afin d’aider sa mère à compléter les besoins de la famille, la force du collectif est valeur cardinale. «L’agriculture est un système. Le groupe est crucial. C’est tout le défi des relations familiales mais aussi celui des relations sur un territoire avec d’autres paysans. C’est très important. Ici et pour la suite, j’ai toujours plein d’idées, évidemment, mais j’ai compris que là aussi, mon rôle est aussi de savoir laisser le champs ouvert, faire de la place aux suivant·es.»


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